Parler du costume,
c’est entrouvrir les portes de l’Histoire.
La mode fut d’abord régentée par les lois du 15ème siècle, puis influencée par Strasbourg, ville libre située en terre d’Empire au 16ème et au 17ème siècle ; lors du rattachement de l’Alsace à la France après 1648 elle distinguera les modes à « l’allemande » des bourgeoises et patriciennes et le costume à la « française » de la noblesse. Après la Révolution de 1789, les caractéristiques du costume paysan se fixent progressivement en adaptant ces modes du passé aux nouvelles données économiques et religieuses. Sous l’impulsion du romantisme (entre 1860 et 1900), dans les provinces françaises, comme dans toute l’Europe, on s’intéressera à la culture populaire et à ses modes vestimentaires. L’histoire particulière et mouvementée de l’Alsace de 1870 à 1945 accentuera cette prise de conscience et favorisera le maintien du costume, véritable carte d’identité pour le monde paysan.
Le Kochersberg (comprenant entre autres Truchtersheim, Berstett, Kuttolsheim) comme son voisin, le pays de Hanau, au Nord Est de Saverne (comprenant entre autres Hochfelden, Bouxwiller, Engwiller, Pfaffenhoffen, Offwiller), sont des riches contrées agricoles où le costume paysan s’est développé à partir de 1830 et maintenu jusqu’entre les deux guerres.
Berstett, est un village protestant du Kochersberg ; peuplé de paysans aisés, le costume s’y est conservé jusqu’à la 2ème guerre mondiale. En 1938, à la création du groupe, il a suffit d’ouvrir les armoires des belles fermes à colombage pour y découvrir la richesse de ces costumes.
La société traditionnelle du 20ème siècle a découvert la génération des adolescents en 1968 ; les jeunes, après avoir boudé, ignoré, voir rejetées les traditions, finissent par s’intéresser à leur passé, à leur histoire. Ne dit on pas : si tu ne sais où tu vas, sache au moins d’où tu viens ?
C’est pourquoi le GAP de Berstett, dont le 1er groupe d’ados est arrivé en 1996, a eu le souhait de leur faire porter un costume seyant, qui met en valeur leur jeunesse. Car, très soucieux de leur apparence, ils doivent aimer porter leur costume, qui n’est pas un déguisement, mais une manière d’être. Le costume 1830,avec le petit nœud pour les jeunes filles et la culotte à la française pour les jeunes gens, répondait parfaitement à cet objectif.
Le répertoire de danse s’est enrichi, explorant lui aussi d’autres temps.
En 2009, toujours soucieux de satisfaire à une exigence d’élégance, mais aussi de vérité, un autre costume a (re)vu le jour.
Avec la robe verte nos jeunes filles portent, une coiffe non pas nouée sur le bonnet mais dans le dos avec des pans de couleur vive, rouge bleue ou vert . Les jeunes gens, eux portent le pantalon noir, une chemise blanche, et un gilet légé ; un petit nœud noir est noué autour du cou.
Ce costume vu sur des peintures, entre autres de mariage, permet de donner une belle image de notre jeunesse et de nos traditions.
Sur le pantalon blanc, ils avaient coutume de mettre un tablier de lin richement brodé, garni de dentelles. En fil rouge, figurent les initiales du nom du garçon, le nom de son village, sa date de naissance et la date de ses 20 ans (âge où il devient conscrit), mais aussi des guirlandes de fleurs, et des symboles souvent liés à son métier.
C’est le magnifique chapeau qui distingue le conscrit. Garni de fruits artificiels, pommes, poires, raisins, symboles de fertilité, il porte à l’arrière de très nombreux rubans fleuris, écossais et de couleurs vives, soi – disant offerts au jeune homme par ses nombreuses conquêtes. Le chapeau est ceinturé par le ruban tricolore, symbole d’appartenance à la nation.
À Berstett, le groupe a choisi de reconstituer le costume des mariés des années 1830.
Un tablier de soie broché, un casaquin court, en soie, orné de rubans moirés, avec des bouquets de fleurs sur les manches complète le costume de la jeune fille.
La mariée arbore fièrement sa petite couronne de clinquants, de fleurs d’oranger, portée sur la coiffe ; cette couronne, dite de virginité, est l’attribut indispensable de la future épouse!
Le marié quant à lui porte sur son costume 1830 une redingote de couleur, brune, bleue, au revers garni d’un bouquet de fleurs artificielles. Il se couvre avec un tricorne dont la calotte arrondie, ornée de boutons, permet de relever les bords de différentes façons.
Le dimanche, comme les adultes, les enfants protestants portaient le costume de fête.
Mais pour jouer, danser, ils portent le costume de travail, commun à beaucoup de régions françaises, avec néanmoins quelques apports des costumes adultes.
Les fillettes, en robe à corselet, aiment les tissus en cotonnade ou en lainage à carreaux, rayée ou à fleurs. Le tablier blanc, la chemise à manche ornée de dentelles égayent leur tenue.
Très tôt (dès 3 ans) elles mettaient la coiffe à grand nœud le dimanche; pour la danse, nous avons choisi une couronne de fleurs, en hommage au printemps et au mois de Mai.
Les garçons portent un pantalon blanc, et sur la chemise blanche la blouse de travail commune à tous les paysans de France ; elle est rebrodée au col et aux emmanchures de points blancs et rouges. Sur les épaules, les garçons mettent un fichu écossais.
Un long bonnet blanc, tricoté, complète la tenue ; lors des danse, afin qu’il ne gêne pas, ils le mettent sur l’épaule.
Le jeune homme porte la culotte à la française ; en velours ou en drap, elle se ferme sous les genoux par un bouton. Les bas blancs tricotés à la main et les chaussures à boucles rappellent les modes de la noblesse. Sur la chemise blanche, un gilet de velours à petits motifs floraux et une lavallière noire nouée autour du cou donnent aux jeunes gens une allure élégante.
Le GAP Berstett a choisi de porter ce costume plus ancien, s’inspirant des peintures de Camille Alfred Pabst et de Gustave Brion.
Il se caractérise par la jupe verte laquée, en soie ou en taffetas garnie d’un galon de dentelle noire. Il se porte avec un tablier blanc, une petite collerette, et un « flor », écharpe de soie noire nouée dans la nuque dont les pans retombent dans le dos.
La coiffe de 1830 est composée d’un bonnet en soierie ou en brocart, richement brodé de fils d’or, de paillettes et de pierreries, au bord garni de dentelle, et noué d’un petit nœud de soie damassé sur le dessus de la tête.
Depuis la Révolution, le pantalon a remplacé la culotte à la française ; en drap noir, à pont, il ne reste plus que quelques boutons (autrefois signe de richesse) sur ses jambes.
La pièce maîtresse est le gilet dont l’origine remonte au-delà de la guerre des paysans au 16ème siècle. Pièce de drap pour se protéger du froid, cette pièce se façonne et devient vers 1780 le gilet à revers aux multiples boutons dorés, à motifs de roue solaire. Ce rutilant gilet rouge ne s’est porté que dans le Kochersberg et le pays de Hanau, véritable bastion de traditions archaïques. La veste en bombassin ou en drap noir complète le costume le dimanche pour se rendre à l’église ainsi que les jours de fête. Sans couvre chef, le paysan n’est rien ; depuis la fin du 19ème siècle, les paysans adoptent le chapeau de feutre noir, à bords raisonnables et calotte plate.
Les très jeunes gens se contentent du pantalon noir et d’une chemise blanche, sans gilet ; un petit nœud noir est noué autour du cou.
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